Vous n’êtes pas ici par hasard.

Vous êtes ici parce que quelque chose en vous ne se repose plus. Peut-être que c’est une relation qui vous consume, ou l’absence de quelqu’un qui ne reviendra pas. Peut-être que c’est cette impression sourde que votre vie se construit autour de quelque chose que vous n’avez jamais vraiment choisi. Vous avez cherché des réponses, vous en avez trouvé beaucoup, et aucune ne vous a suffi. J’en suis navré. Mais je sais pourquoi.

On vous a dit de lâcher prise et de tourner la page. On vous a dit que le temps guérit et que le pardon libère. On vous l’a dit avec douceur et conviction, parfois avec de jolies images sur fond pastel, et vous avez essayé, sincèrement.

Vous avez lâché prise et vous vous êtes retrouvé exactement au même endroit trois semaines plus tard parce que le vide était pire que la douleur. Vous avez pardonné et la colère est revenue intacte, doublée d’une culpabilité que personne n’avait prévue, et quand vous avez essayé de passer à autre chose, la chose en question est restée exactement là où elle était, à l’intérieur, parce qu’on ne tourne pas une page qu’on n’a jamais lue.

Bien sûr, vous avez fini par penser que le problème venait de vous.

Ce n’est pas que ces conseils soient faux. C’est qu’ils arrivent trop tôt, trop vite, et qu’ils sautent l’étape que personne ne veut regarder, celle qui consiste à comprendre ce qui se passe vraiment avant de décider quoi en faire.

Voici ce que vingt ans de clinique m’ont appris.

La souffrance humaine n’est pas causée par la réalité, elle est causée par l’acharnement à la fuir. Fuir dans l’espoir que l’autre change ou dans le refus d’un deuil qui pourtant a déjà eu lieu, se réfugier dans le contrôle de son corps parce qu’on ne peut pas contrôler sa vie, ou dans cette idée merveilleuse que si vous faites assez d’efforts, la douleur finira par s’incliner. Elle ne s’incline pas. Elle attend. Et elle attend parce qu’elle a quelque chose à vous dire.

Ce n’est pas joli à entendre et je ne vais pas vous le présenter autrement. Votre souffrance n’est pas un défaut de fabrication et elle n’est pas non plus la preuve que vous êtes fragile ou que vous n’avez pas assez travaillé sur vous-même. Votre souffrance est un fonctionnement, un système que vous avez mis en place pour survivre à quelque chose que vous n’aviez pas les moyens de traiter autrement, et ce système a marché puisque vous êtes là.

Ça vous rappelle quelque chose, n’est-ce pas ?

Je ne vous dirai pas non plus que c’est simple puisque ce n’est pas simple. Mais c’est lisible, et ce qui est lisible peut être traversé.

La dépendance affective n’est pas un manque d’amour-propre et la jalousie n’est pas un défaut de caractère. Le deuil qui ne passe pas n’est pas un signe de fragilité, et la difficulté à trouver du sens dans sa vie n’est pas un caprice existentiel. Ce sont des fonctionnements, des solutions que vous avez élaborées quand vous n’aviez pas d’autre choix, et qui ont eu leur raison d’être.

Mais ce qui vous a protégé à un moment de votre vie vous emprisonne aujourd’hui, et personne ne vous l’a expliqué de cette façon parce que l’explication n’est pas rassurante, et que le marché du bien-être préfère vendre du réconfort.

Ici, il n’y a pas de réconfort. Il y a de la clarté.

Je ne vous promets pas que vous irez mieux, je vous promets que vous comprendrez ce qui se passe. Et cette compréhension, pas les affirmations positives ni la gratitude obligatoire, cette compréhension est le seul point de départ qui tient.

Le reste, vous le ferez vous-même. Vous l’avez toujours fait.

Frédéric Le Boterve

Psychanalyste, auteur, conférencier